120 Battements par Minute : appel à l’empathie

120 Battements par Minute : appel à l’empathie

Sans nul doute le film de la rentrée 2017, 120 battements par minute retrace les luttes des malades du SIDA contre l’État français.

120 Battements par Minute

À la fin des années Mitterand, le SIDA reste selon l’opinion public un problème de rebuts de la société. Un cruel manque de communication du gouvernement laisse la maladie se répandre. Les laboratoires optimisent leurs bénéfices. Au milieu des associations « gentillettes », Act’up mène des actions impactantes pour transmettre leur message afin de prévenir la contamination et sauver les malades.

Les malades

On suit donc les militants de cette association lors des assemblées générales, des actions, mais également dans leur vie privée. Très privée. Si vous n’êtes pas à l’aise avec le charnel sur grand écran, vous allez être servi. Mais le traitement de ces scènes est si pertinent et magnifique qu’on en oublie sa pudeur pour admirer les effets et les messages transmis.

Le film peut provoquer le rire, la rage, et tellement de peine. Pour renforcer la violence des cols blancs indifférents et calculateurs, la maladie est montrée froidement quand elle arrive aux derniers stades. Malgré l’envie de faire progresser la cause pour eux et pour les autres, leur quotidien s’alterne entre effets secondaires et l’incertitude d’un lendemain.

Avec 120 Battements par Minute, on comprend le quotidien d’un malade du SIDA, ici filmé de façon quasi documentaire. Il questionnera certainement les plus jeunes sur la réaction de leurs aînés sûrement embarrassés par leurs croyances de l’époque et dégoûtés par l’ignorance sciemment entretenue par le monde médiatique et politique.

Le militantisme

L’autre aspect essentiel du film, c’est en effet le militantisme. Sans être comparable, le contexte d’Act’up est assimilable à la plupart des luttes. Des intérêts financiers mêlés à des politiques et des médias lâches ou compromis qui maintiennent l’idée d’amélioration assistés par des associations timorées (ici, AIDS). La manifestation policée de mécontentement est une perte temps sur les progrès quand il ne provoque pas de recul.

Vu le contexte de la sortie du film, le timing est excellent. En effet, il nous rappelle à la rage des petits qui ne peuvent lutter contre les gros en étant sages dans leur coin. Seules les actions « coup de poing » permettent d’être entendu. Certes, les puissants utiliseront leur vocabulaire bien à eux, estimant que ces démonstrations de « violence » sur les politiques, les médias ou les industriels sont inadmissibles. Mais le film montre bien l’utilité de cette forme de militantisme. La vraie violence, c’est celle de ceux qui ont le sang des malades sur les mains. C’est celle de ceux dont les choix impactent négativement la vie des gens. Parfois jusqu’à les tuer.

Un film important

120 Battements par Minute est bien réalisé, bien interprété. Il est même au-dessus de la mêlée de ce à quoi le cinéma français nous habitue ces derniers temps. Mais son sujet en fait plus qu’un film. C’est le témoignage d’un combat contemporain pour la survie. Quelque chose qui n’aurait même pas dû provoquer la moindre polémique. Quand nos aînés regardent rétrospectivement, ils doivent se dire que le SIDA n’aurait pas dû soulever la moindre question. Et pourtant. Même la plus terrible des réalités peut être manipulée pour laisser penser dans les chaumières qu’en étant dans la « norme », on est à l’abri. Ce film appelle à lutter. À remettre en question. À développer son esprit critique. En fait, 120 Battements par Minute appelle à l’empathie.

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