Ce qu’on a aimé au cinéma en 2018 #TopCiné2018

Ce qu’on a aimé au cinéma en 2018 #TopCiné2018

C’en est fini pour 2018. Champions du monde à nouveau, le premier Pokémon sur Nintendo Switch, les gilets jaunes… Des tas des films aussi. Dans une période où pour 10€ la place, médiocrité consensuelle c’est mieux que de prendre le risque d’être déçu, on a eu quelques belles surprises du divertissement au film d’auteur, ce dernier malheureusement trop cantonné aux petits budgets. Voici pêle-mêle dans le désordre mes meilleures expériences subjectives ciné de l’année qui s’achève.

Capharnaüm

Film franco-libanais de Nadine Labak. Ce gosse porte plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. C’est le sujet de ma palme d’or à Cannes. On nous y raconte la quête du bonheur de Zain, dans un pays pas bien riche qui accueille tant bien que mal l’essentiel des réfugiés de nos guerres de pipeline. Son voyage nous offre un aperçu bouleversant d’humanité au milieu de l’indignité, la traite des êtes humains et la misère.

Spider-Man : New Generation

Film américain de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rotham. En une phrase, on pourrait résumer que Sony respecte mieux l’essence du super-héros Marvel que… Marvel. Et pas besoin de nous re-re-re-présenter la mort de l’oncle Ben pour justifier les motivations du héros. Spider-Man, c’est la transmission d’une certaine idée de la justice, de la bienveillance et de la vertu. Les supers-pouvoirs ne sont là que pour illustrer grossièrement une capacité d’agir sur son environnement, mais nul besoin de grimper sur les murs pour aider son prochain lors d’une agression dans le métro. C’est ça le (jeune) homme araignée : la question de la responsabilité individuelle dans le collectif (plus que jamais traité ici). Dans une situation donnée où je suis en position de force – ou pas -, quelle sera mon action ? Ça, c’est Spider-Man. Pas, « oh c’est cool j’ai des pouvoirs ! » Bon, en plus le film est beau comme un camion, faut le dire.

First Man

Film américain de Damien Chazelle qui continue sa série sur le prix des rêves [américains]. Après l’étudiant qui voulait devenir un grand musicien, l’aspirante actrice et le jazzman nostalgique, Neil Armstrong. Certes le sacrifice est tout autre ici, puisqu’il est ultime. En effet, beaucoup mourront dans ce concours de zizi à réaction cette lutte pour un monde libre. Et dans un style encore très différent le jeune franco-américain dresse le portrait intimiste et diablement nuancé du premier homme à avoir mis le pied sur note satellite naturel. C’est à travers ses yeux que sera décrit cet exploit technique et humain, notamment par ses coûts. Comme dit précédemment, d’abord son coût en vies humaines, par des personnages bien intégrés à l’histoire qui disparaissent subitement et la sensation permanente de danger dans les séquences « spatiales » violemment immersives. En filigrane, le film traite aussi de son coût dans le déclin de l’État – relativement – providentiel amorcé par les États-Unis et le reste de l’occident par la suite. Comme quoi la concurrence idéologique des deux blocs a peut-être participé à quelques progrès…

Jurassic World : Fallen Kingdom

Film américain de Juan Antonio Bayona. À la base, l’idée d’un film d’horreur avec des dinosaures, j’étais pas fan. Sauf que… Contrairement au premier épisode de cette nouvelle série « Jurassic », Fallen Kingdom revient à l’impact de l’humain sur son environnement, par le prisme des questionnements actuels : écologie et protection des animaux en particulier. Le « méchant » du film n’est pas un gros bestiau éteint qui n’avait rien demandé, mais bien les capitalistes qui croient pouvoir s’accaparer la nature sans retour de bâton… Ou sans finir croqué. Le film assume mieux son statut de blockbuster de l’été tout en réintégrant son message principal : « la vie trouve toujours un chemin ».

La Forme de l’Eau

Film américain de Guillermo del Toro qui complète son bestiaire sympathique avec la plus ou moins créature du lac noir. On le sait, le mexicain utilise ses bestioles pour illustrer que la monstruosité n’a rien à voir avec le physique mais avec nos actes. Un film d’amour magnifique dans un univers cruel en pleine Guerre Froide, on peut assurément y voir aussi un petit tacle pour la grande carotte méchée qui souhaite ériger un mur afin de se « protéger » de gens simplement différents. Voir notre avis complet.

Ready Player One

Film américain de Steven Spielberg. Après Pentagon Papers – proche de la perfection -, le représentant en chef du capitalisme et de la médiocrité artistique américaine diabolique bouh caca invite les générations suivantes à prendre le relais sans s’enfermer dans la nostalgie d’une époque où, il est vrai, les créateurs avaient plus de liberté. Tout en s’interrogeant sur sa part de paternité du cinéma hollywoodien actuel qu’il réprouve, Spielberg rend hommage à la créativité des anciens et des plus jeunes, où qu’elle soit. En bref, un film de grand divertissement qui questionne sur l’ambiguïté de la création, qui ne saurait être ex-nihilo mais qui ne peut se résumer à de la recopie permanente. Voir notre avis complet.

Three Billboards

Film américano-britannique de Martin McDonagh. Au cœur d’un drame familial, la question de la justice et de son exécution, la question de la vengeance. Au cœur d’un coin paumé des États-Unis, la question de la présence de l’État au profit du système D et de l’entraide. Au cœur d’une enquête de police, la question de la violence légitime. Voir notre avis complet.

Moi, Tonya

Film américain de Craig Gillespie. Portrait violent et attachant de l’Amérique profonde, celle qui a voté Trump, celle qui vit la lutte des classes comme un plafond de verre infranchissable. Sûrement le film US le plus intéressant de l’année qui, en miroir avec Three Billboards doit nous faire réfléchir aux soulèvements des peuples dans toute leurs complexités, même les plus moches. Une invitation à mettre son mépris de petit bourgeois au placard. Voir notre avis complet.

Bohemian Rhapsody

Film américain de Bryan Singer. Ce film a des défauts. Il est d’une platitude vertigineuse, une réalisation en pilote automatique, assez peu d’enjeux, un développement rachitique des personnages et un scénario aussi faible qu’un Fast & Furious. Mais quelle éclate. C’est un pur délire égoïste pour les adorateurs du groupe. Si vous en êtes et n’avez pas pu le voir au cinéma, prévenez les voisins car le seul moyen de voir ce film chez soi, c’est debout sur le canapé armé de son sèche-cheveux avec le son au max. Bohemian Rhapsody ne voulait pas parler de Queen ou de Freddie Mercury, mais rendre un hommage totalement subjectif à leur musique.

Le Grand Bain

Film français de Gilles Lellouche. Tout est histoire de carrés dans des ronds et inversement. Ou comment trouver sa place dans le monde ? Comment donner du sens à sa vie ? Dans une société où le travail qu’on dit être une « valeur » n’est qu’abrutissement et aliénation, où l’argent est roi, ce film nous parle du besoin de connexion et de reconnaissance des animaux sociaux que nous sommes, fonctionnant en réseaux de spécialistes. Le reflet touchant et subtil de l’organisation capitaliste du monde en 2018 qui invite à se poser cette simple question : à quoi je sers ?

Mission Impossible: Fallout

Film américain de Christopher McQuarrie. Sixième film de la franchise d’espionnage de Tom Cruise qui, contrairement au mieux-aimé Jason Bourne et à l’inégal 007, traverse les décennies avec panache. On peut commencer à entrevoir la « recette » de ce succès : la volonté de l’interprète principal de toujours mettre des auteurs derrière la caméra – même quand il ne peut pas les blairer – et de leur foutre la paix. Ainsi, plusieurs genres ont pu être explorés pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui, si l’on compare ce pur divertissement avec la concurrence dans le domaine, en particulier les derniers films des deux séries précédemment citées qui sont catastrophiques, ou même les blockbusters qui font des entrées comme les Avengers, Fallout paraît presque hors sujet. Et pourtant, avec une bonne histoire, des enjeux bien gérés et des scènes d’action époustouflantes (parce que réelles !), le long-métrage revient tout simplement aux fondamentaux du cinéma popcorn avec brio.