HHhH : entre portrait et hommages

HHhH : entre portrait et hommages

HHhH ou Himmlers Hirn heißt Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich) concerne ce fameux Reinhard Heydrich et sa femme… Et des résistants tchèques…

Structure des récits

Le film démarre lorsque Heydrich, quittant sa demeure, sa femme et ses enfants, se retrouve nez-à-nez avec un résistant tchèque, arme au poing, prêt à faire feu. Et là, on consulte son passif. Il est militaire, il baise, il tombe amoureux d’une femme de bonne famille. Elle l’emmène au parti nazi, et il devient adjoint de Heinrich Himmler. Il participera ainsi à la nuit des Longs Couteaux pour finalement devenir un des préparateurs de la solution finale. Ensuite on revient à son attentat, puis on s’attarde sur les résistants, alors qu’on est déjà au milieu du film. On retourne dans le passé pour expliquer comment ils vont se retrouver face à la voiture de ce dirigeant nazi, prêts à l’assassiner.

HHhH a ce problème qui est de d’abord dresser le portrait d’un homme malfaisant pour finalement s’intéresser aux personnes qui ont risqué leurs vies pour mettre un terme à ses plans. On se retrouve avec un film ambigu entre portrait d’un monstre et hommage à la résistance.

Le monstre

En expliquant à Himmler comment rationaliser son poulailler, on voit venir (un peu trop facilement) où le réalisateur veut en venir. Certes, c’est un personnage historique, mais le présenter comme « méchant » parce qu’il est bloqué au stade anal avec l’organisation, c’est un peu léger. On le voit aussi baiser puis renier pour se marier avec Lina von Osten, à fond derrière Mein Kampf et le parti nazi. Pour finir, il rendra malheureuse son épouse en se préoccupant plus d’optimisation meurtrière que de son foyer… Vu ceux qui le compose, on ne sait comment l’abandon du noyau familial peut entraîner plus de dégoût de la part du public. Quelle peine pourrait-on avoir pour une femme pareille ? Le film devient très dérangeant à enchaîner les effroyables exécutions arbitraires et les larmes de la « pauvre épouse délaissée »…

C’est assez incompréhensible. Des portraits de monstres nazis, le cinéma en est plein. Réels ou fictifs, même la Liste de Schindler du « candide » Steven Spielberg présentait un monstre crédible. Celui-ci, à part d’être froid, distant et minutieux dans son travail de l’horreur, il ne créé ni dégoût ni effroi… Il me semble que son portrait n’est pas à la hauteur de l’immondice d’un homme qui a industrialisé la mort.

Les résistants

Et vient l’autre moitié du film, concernant deux résistants et les gens qui vont les aider. Là, on manque clairement de temps pour introduire correctement ces personnages. Ils sont partis au Royaume-Uni pour se former, ils sont parachutés en Bohême-Moravie où il vont essayer d’assassiner celui qui en a été fait « vice-protecteur » par Hitler. Plusieurs familles vont – parfois sans le savoir – les aider, les héberger. Et là le malaise commence. Ou recommence plutôt.

Puisqu’on a pas pris le temps de bien les intégrer dans le récit, et parce qu’ils sont bien évidemment des héros dont le sort est très incertain, il faut créer un attachement à ces personnages. Heureusement qu’il y a des femmes dans le cinéma pour ça… Le premier, à peine arrivé dans sa famille d’accueil, la seule fille de son âge se jette sur lui. Le deuxième, une tape au cul à une indic, et hop, elle est dans son lit. Ça nous rappellerait presque la Lina von Osten. D’abord femme forte qui va redresser le Heydrich et l’emmener chez les nazis pour finir en pleureuse inutile. Les personnages féminins sont vraiment très discutables dans HHhH.

Une fin « Michael Bay »

Après être revenus maintes et maintes fois sur l’attentat et son déroulé, il se termine enfin. S’en suit trahisons et dernière résistance dans une église. Dans les faits, ils s’enfuirent de ce lieu pour se suicider. Pas dans le film… Après avoir tué plusieurs soldats allemands, ils s’enferment dans la cave où l’armée n’a pas trouvé mieux que de les noyer. Ça fait déjà un quart d’heure de baroud d’honneur, qu’on a encore droit à 10mn de Pearl Harbor où les mecs vont essayer de creuser un trou dans une église… Pour finalement se suicider. C’est si vulgaire.

Ce sont des héros, le film ne devrait pas autant ramer pour nous attrister à l’idée de leur mort. Il réussi au contraire, à nous y rendre indifférent. Quand les exécutions à la chaîne d’inconnus prennent aux tripes. Encore une fois, ce sujet a déjà été bien traité dans L’armée du crime et Effroyables jardins. Pourquoi tant de facilités d’écriture et de réalisation hollywoodienne dans ce qu’elle a de plus mélo-dramatique et ridicule ?

L’avis de Marcel : ★★☆☆☆
Pourquoi faire ce film, le cul entre deux chaises ? Entre une analyse grossière du bourreau et une « sur-humanisation hollywoodienne » des sauveurs finalement mal honorés. Le devoir de mémoire est très important, mais comme Le Procès du Siècle, il existe dans HHhH une étrange tentation du sensationnalisme qui m’échappe. Pour rester poli.

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Sources Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Heydrich
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jozef_Gabčík
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jan_Kubi%C5%A1
https://fr.wikipedia.org/wiki/HHhH_(film)
https://fr.wikipedia.org/wiki/HHhH

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