Star Wars : Les Derniers Jedi – le fantôme d’Abrams

Star Wars : Les Derniers Jedi – le fantôme d’Abrams

Enfin, le huitième épisode de la saga cinématographique la plus populaire au monde est sorti. Star Wars : Les Derniers Jedi est disponible dans nos salles obscures et…

5mn de lecture sans spoil à partir de ce point.

Le problème Star Wars 7

Et qu’il est loin le temps où l’on était tout excité à l’idée de visiter pendant 2h et plus une galaxie lointaine, très lointaine

La faute à un précédent volet très problématique. En étant gentil. C’est un sale remake de l’épisode 4 avec trop de personnages qui sont mal exploités, une fin calamiteuse qui ne fait pas apparaître les enjeux, une utilisation de la force anarchique et non expliquée et on ne sait pas d’où sort cette histoire. Et pourquoi il y a des encore des rebelles ? En gros, Le Réveil de la Force est un épisode blanc en mode « le suivant se démerdera pour inventer une histoire à partir de cette longue intro en carton ».

Et Les Derniers Jedi souffrira malheureusement de cet héritage. Rian Jonhson doit partir d’une situation non définie qui s’arrête sur un cliffhanger et donc résoudre les pistes lancées par Abrams tout en reprenant le film où s’est arrêté le précédent. Donc en gros, aucune directive mais des personnages et des situations encombrants. Et on touche là au problème numéro un de ce Star Wars qui passe bien la moitié de son temps à « nettoyer » les merdes de son prédécesseur. Du coup le film ne démarre vraiment que dans la dernière heure.

Le problème Avengers

Les Derniers Jedi débute sur une séquence de 15 à 20 minutes entremêlant une bataille spatiale (normal) et la rencontre entre Rey et Luke. Et c’est un festival de blagues lourdingues, de bravoure bien baveuse et de situations hautement improbables. On aurait dit… ben tiens ! On aurait dit le Marvel Cinematic Universe… Déjà que le film part avec un handicap, pourquoi lui coller immédiatement la recette magique Mickey à peine commencé ? Entre les vannes de Poe, le moment louche de Leia et le geste surprenant de Luke, on entre dans le film de la plus mauvaise des manières. Sachant que toutes les intrigues ne deviennent pas intéressantes dans la foulée, il faudra un bon moment avant de se laisser entraîner. Mais on y arrive.

La lecture qui suit est déconseillée aux personnes sensibles au spoil.
Rendez-vous directement à la conclusion.

Le nettoyage

C’en est presque une blague, mais on voit que Rian Jonhson s’est régulièrement amusé à « nettoyer » certains encombrants que son prédécesseur lui a laissé. D’abord en les tuant comme avec Snoke qui ne menait nulle part mais pas seulement. En effet, le réalisateur se plait parfois à moquer les errements de JJ Abrams. Ça commence assez fort avec le maître de Kylo Ren qui le ridiculise par rapport à son casque stupide et son incapacité à battre la « noobie » Rey dans Le Réveil de la Force. Plus tard, Finn va se battre avec la capitaine Phasma et lui lancera avant le coup fatal un « tête de chrome » en référence à cette matière chère à son créateur. Si au moment du visionnage, Luke qui balance le sabre laser remis par Rey succède à un début de film très « Marvel » dans le texte et passe donc très mal, on comprend à force de piques à l’épisode 7 que c’était une façon finalement assez amusante de désamorcer cette fameuse scène finale ou l’héroïne risquait une tendinite.

On a pu reprocher à l’initiateur de cette trilogie les environnements très simplistes et déjà vu. Un autre bon point pour Jonhson, c’est d’avoir donné vie à l’île de Luke. En rajoutant nombre de bestioles dont les porg – qu’on ne voit pas tant que ça – ou les « Caretakers » et en créant toute une mythologie autour des Jedi spécifique à cette île. Donc ça fait moins vide.

Personnages et planètes

Deux très bons points de l’épisode 8, ce sont les personnages et les planètes. Je vais maintenant nuancer mon propos. En vrai, y’a une planète intéressante, celle qu’on voit dans la bande annonce avec la poussière rouge. La planète casino, on va dire qu’il est plus simple de trouver un hacker dans un endroit louche, et la cantina ça avait déjà été fait. Deux fois… Mais déjà que ce passage est très discutable dans son existence, y glisser un message  subtil comme un éléphant dans un ascenseur sur les violences faites aux animaux, ça fait forcé, sorti de nulle part.

Pour les personnages, ils trouvent enfin leur place dans la trilogie, mais à la fin en fait. Ils se cherchent pendant ce film. Ben Solo devient plus intéressant et nuancé sur sa propension à choisir clairement le côté obscur. Rey finit par assumer sa place d’héritière de la lignée des Jedi. Finn quitte son habitude à fuir pour intégrer définitivement la résistance et Poe laisse de côté la bonne blague du fonceur pour s’affirmer comme un meneur en devenir. Donc c’est bien, mais c’est déjà trop tard.

La Force

Plusieurs points en vrac, plutôt positifs concernent la Force.

D’abord sa représentation cinématographique a été revue par le réalisateur. L’énergie au centre des histoires de Star Wars se lisait généralement sur les visages des personnages ou sur les objets déplacés. Et comme dit dans le film, la Force c’est beaucoup plus que ça, c’est un lien entre tout. Donc, quand Rey ressent les choses, la caméra nous le montre. C’est assez inédit et intéressant, de plus, ça permet de mieux saisir les scènes de communication longue distance entre notre héroïne et son antagoniste prépubère.

Je me doute que beaucoup trouveront ces scènes étranges, mais de mon avis très personnel, Rian Jonhson essaye petit à petit de rompre avec une réalisation très classique en amenant des images plus figuratives. Rey ne voit pas Ben en face d’elle et inversement, ils se ressentent comme Luke ressentait l’appel de Dark Vador à la fin de L’Empire Contre-Attaque qui est ici présenté comme une conversation d’abord en champ contre champ puis carrément en face à face comme s’ils étaient dans la même pièce. C’est une prise de risque, donc je plussoie !

Un autre aspect plaisant issu du scénario c’est la remise en question de toute l’histoire de Star Wars. Anakin Skywalker a rétablit l’équilibre dans la Force, tel un incendie qui rase une forêt anarchique. L’ordre des Jedi était sclérosé, un peu oligarchique et daté et en face c’était pas mieux. Aujourd’hui de jeunes pousses vivaces (Ben & Rey) prennent le relai de chaque côté sans être aussi fermement rattaché à son clan. Rey embrassera le côté obscur et Ben montrera parfois des scrupules. Il y a également la promotion de l’échec, que tout le monde peut devenir Jedi ou Sith du moment qu’il est capable d’accepter la Force (comme le laisse entendre la fin, possible sujet de cette nouvelle trilogie mystère ?) et que l’univers est plus compliqué que les gentils contre les méchants même si ça méritait plus de développement.

L’avis de Marcel : ★★★☆☆
Bref, Star Wars : Les Derniers Jedi, c’est de vraies bonnes choses et de vraies propositions originales, mais il partait avec un handicap sérieux. Tout un film pour corriger son prédécesseur a pour résultat une trilogie qui commence à la fin de son deuxième épisode. C’est un peu du gâchis. Et il n’est pas parfait non plus, quoiqu’en ait dit la presse américaine bonne à vomir sur le français Valérian (non sans défaut mais meilleur) mais incapable de juger honnêtement ce naufrage sympa. Le protectionnisme marche à plein régime au pays de Trump…

Site officiel [en]

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