Tomb Raider : une origin story ratée

Tomb Raider : une origin story ratée

Après le diptyque avec Angelina Jolie, Square Enix lance une nouvelle franchise Tomb Raider basée sur le reboot de la série vidéoludique de 2013.

Le positif

On pourrait résumer le positif du film à… Alicia Vikander. En cherchant son nom afin de ne pas l’écorcher, je me rends compte que Warner Bros ferait peut-être une suite sans elle. Apparemment parce que les fans auraient été  plus gênés par sa plastique que les innombrables défauts réels de ce film… Alors ce Tomb Raider est très mauvais, mais ce n’est sûrement pas à cause de celle qui interprète Lara Croft. Cette jeune comédienne déjà oscarisée n’a rien à prouver dans des blockbusters de ce calibre et pourtant, elle interprète sans fausse note un personnage alambiqué et mal écrit. Elle incarne, malgré les failles du scénario, l’aventurière en devenir à travers un paquet de souffrances.

Ces scènes de défis sont d’ailleurs les rares moments valables du long-métrage. La tempête en bateau, l’avion au bord du ravin, son premier mort, autant de séquences très fortes qui nous construisent tant bien que mal la Lara Croft qu’on aime.

Sinon, au début elle fait du Deliveroo, de la boxe, des courses de vélo et elle a des amis crédibles. Et ça pouvait être intéressant. Sauf que non.

Uber Eats l’héritage

En gros, papa Croft a disparu depuis l’adolescence de l’héroïne qui ne souhaite pas hériter. Ce serait admettre qu’il est mort. Du coup elle vit précaire de la livraison de restaurant et peine à payer ses factures. Vive l’uberisation. Après 7 années, elle accepte les faits et cherche à recevoir son dû, un puzzle en premier lieu. Elle découvre alors où son père s’est évanoui de la circulation et décide de s’y rendre… En vendant un bijou pour deux fois moins cher que le prix demandé par le capitaine de son paternel. Évidemment ça passera mais quand même. Elle est super riche, et même si elle veut être indépendante, elle peut pas au moins essayer de trouver un moyen de récupérer son fric ?

Cette partie du film concentre un des problèmes majeurs du film. Je suis pour l’idée qu’une adaptation c’est l’appropriation du nouvel auteur. Sauf que chaque apport du film au jeu d’origine n’est que partiellement assumé, comme ici. C’était une bonne idée que Lara Croft ne soit pas une héritière, mais démarre assez bas dans l’échelle de la société. Qu’elle puisse créer sa fortune elle-même aurait été un message positif. Mais non, à la place ils ont choisi le cul entre deux chaises, et comme on le sait tous, c’est pas super confortable. Tout ça pour une résolution passable.

L’île de Himiko

Ici le spoiler est roi (reine ?)

Un détail qui n’en est pas un. À la fin du film, on découvre que le grand pouvoir mortel de la reine Himiko n’a absolument rien de mystique. Elle est porteuse saine d’une maladie (qui bizarrement lui a survécu) extrêmement contagieuse et mortelle. Sauf que… Si elle n’est pas mystique, comment elle empêche les gens de partir ? Si elle est « magique » dirons-nous, elle peut créer des tempêtes empêchant tout véhicule de quitter l’île. Mais dans le cas contraire, vu qu’il fait beau, que l’eau est caleme pendant tout le temps du film, le papa Croft et les autres ont pas trouvé un moment pour se barrer ? En 7 ans ? Bref, encore un truc où ils ont voulu s’écarter du jeu sans aller jusqu’au bout. Sauf que, dans ces conditions, le paternel il fait un bateau de fortune et il se casse quand il veut…

Dernier point là-dessus, le budget serait de 94 millions de dollars. Il est passé où cet argent ?  Vu la politique salariale des femmes à Hollywood, je doute qu’il soit passé dans la paye d’Alicia Vikander. Parce que ce film fait « cheap », du début à la fin (sauf deux, trois scènes). On croirait que le film est tourné dans la forêt d’à côté, elle est le plus souvent très éclairée et pas inquiétante pour un sou. Le temple final, c’est un vieux couloir sombre. En gros, à toujours raboter les moyens sur des films qui sont censés rapporter de l’argent, pour les bombarder de décisions marketing, ça donne des films médiocres qui finissent par perdre de l’argent. À méditer.

Les hommes de Tomb Raider

Probabilité de spoiler ressenti : 87%

Une des grosses difficultés des blockbusters actuels, c’est les relations entre les personnages. J’imagine que le marketing des grands studios ne voit pas l’intérêt de scènes destinées à la construction des caractères et des amitiés et plus si affinités. Du coup, on introduit assez rapidement dans le film une bande de potes, une meilleure ami, un crush, tous crédibles. Et on en fait rien.

Tout ça pour nous mettre dans les pattes une ribambelle de mecs pour épauler la « fillette ». Sérieusement ? Lara Croft a apparemment besoin d’un capitaine bourré pour résoudre une énigme à la con. La plus grande héroïne du jeu vidéo serait incapable de se soigner sans son papounet en mode Robinson. Ce modèle de bravoure, de pugnacité et d’intelligence est d’ailleurs sans cesse infantilisée dans sa relation avec son paternel. C’est très dommageable après un film comme Wonder Woman.

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Bref, contrairement à Ready Player One, Tomb Raider reste dans la tradition des films basés sur des jeux vidéos, c’est pas très bon. Et même si je ne serai pas contre une suite, vu que l’actrice qui sauve le film de la catastrophe totale serait écartée parce que pas assez « bonne », qu’ils aillent se faire voir avec leurs merdes finies au marketing.


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